Afin de comprendre le processus de création des images, je vous invite à faire un petit tour au micro-studio.
C’est dans cet espace réduit que s’effectuent toutes les étapes nécessaires pour arriver à la photo finale.

studio équipé pour la macrophotographie
Le micro-studio, ou comment combiner préparation, prise de vue, post-traitement dans un espace restreint.

Mais avant de commencer, .. un mot sur le FOCUS STACKING !

Toutes les photos issues du micro-studio sont réalisées en focus stacking.
Cette technique consiste à prendre une série de photos du même sujet, en modifiant la mise au point. Puis cette série de photos (qu’on appelle une pile) est assemblée grâce à un logiciel spécifique (Zerene Stacker, Helicon Focus, ..) qui ne va retenir que la zone nette de chaque photo pour n’obtenir qu’une seule image, L’IMAGE ! Celle qui une fois post-traitée sera publiée.
Ces piles de photos peuvent atteindre plusieurs centaines d’images, en fonction du sujet et du grossissement.

L’illustration ci dessous vous montre le fonctionnement du logiciel en train d’empiler les images d’une guêpe Vespula germanica. A gauche la liste des photos de la « pile », la photo de gauche est une des photos de la pile et la photo de droite affiche l’image finale en train de se construire au fur et à mesure de l’assemblage.

L'appareil photo

Le boitier utilisé est un hybride Fuji X-T2 avec capteur format APS-C (23,6×15,6mm).
Je ne ferai pas un débat sur l’hybride ou le reflex, l’essentiel étant de pouvoir travailler avec un équipement qui ne génère pas de vibrations au déclenchement. Car je travaille en lumière continue, donc beaucoup moins puissante qu’un flash, et trè diffusée. Les temps d’exposition sont donc longs et ne souffrent aucun micro-bougé.
Un petit accessoire absolument génial que j’ai acquis depuis maintenant 1 an, c’est un adaptateur pour alimenter le boitier directement sur secteur. J’ai longtemps hésité car le modèle Fujifilm vaut un bras et demi, et puis j’ai essayé un générique, bien moins cher et qui marche très bien. Et depuis terminé les pannes de batterie en plein milieu d’un stacking !

Le soufflet macro

Les objectifs de microscope convertis en objectifs macros nécessitent d’allonger la distance entre eux et le boitier. C’est ce qu’on appelle le tirage.
La longueur de tirage (exprimée en mm) est variable en fonction de l’optique. D’autant plus quand on utilise des montages très variés (cf ma liste d’optiques ci dessous).
Et en faisant varier la longueur de tirage on modifie aussi le grossissement. 
Un soufflet macro est idéal pour avoir cette polyvalence.
J’ai opté pour un Nikon BP-6 Bellows. Ce soufflet était la « rolls » des soufflets du temps de l’argentique et on le trouve maintenant en occasion. Sa construction très rigide en fait un excellent modèle pour la macro extrême.

Le rail motorisé

Exemple utilisation Zerene Stacker
Capture d'écran de Zerene Stacker pendant un empilement

C’est la pièce spécifique pour la pratique du focus stacking.
Il existe des rails micrométriques manuels, très précis, et qui permettent d’obtenir de très bons résultats. Mais sur des stacks de plusieurs centaines de photos la manipulation peut vite devenir fastidieuse, et chronophage !
L’ensemble boitier/soufflet/objectif est solidement fixé sur le rail motorisé (modèle MJKZZ Ultra Rail).
Ce rail est composé d’une vis sans fin et d’un micro moteur. La précision de l’avancée est de l’ordre du dixième de micron (0,0001mm).
Une petite télécommande infra rouge pilote le boitier de commande. Une fois les paramétrages effectués et la prise de vue lancée, c’est ce boitier qui gère l’avancée du rail et le déclenchement de l’appareil. Quant au photographe, il peut aller prendre un café !

Les optiques

Pour revenir à nos moutons, ou plutôt à nos optiques, voici celles avec nécessitant je travaille actuellement, dans l’ordre croissant de grossissement :

  • Rodenstock Apo-Rodagon-D 1x 75mm f4 , un objectif de reproduction optimisé pour travailler au rapport 1:1. Je l’utilise sur une plage de 0,5x à 1,5x
  • Minolta Delite 5400 , du moins l’optique de cet excellent scanner de négatifs. Une minuscule pièce mais de très grande qualité. Utilisée de 2x à 3x. Il nécessite une bague de montage spécifique.
  • Lomo 3,7x/0,11 un objectif de microscope russe qui date mais possède d’une réputation sérieuse dans le monde de la macro. Exploité entre 3x et 4x. De type fini il ne demande pas d’accessoire complémentaire (hormis une bague d’adaptation) pour être opérationnel.
  • Mitutoyo MPlanApo 5x/0,14 ; 7,5x/0,21 ; 10x/0,28 des objectifs de microscope récents, connus pour offrir une grande et confortable distance de travail (~35mm entre la lentille frontale et le sujet). Ces objectifs, de type infini, ont atteint un groupe optique supplémentaire pour être exploités. Les bonnettes macro Raynox DCR-150 et 250 ont parfaitement ce rôle, pour un coût très raisonnable.
  • Olympus LMPlanFLN 20x/0,40 , Un objectif aussi récent, également de type infini. Là encore l’association à une Raynox, ou autre groupe optique, est indispensable.
Complément optique pour les objectifs de microscope infini
  • Raynox DCR-150 et DCR-250 , ces bonnettes sont connues pour leur qualité en macrophoto, mais ici leur usage est détourné. Elles servent de groupe optique pour exploiter les objectifs de microscope de type infini ci-dessus. Elles n’ont pas le même tirage optique et le montage de l’une ou l’autre permettent d’obtenir 2 grossissements différents pour le même objectif.
 
Matériel pour macrophotographia
L'appareil, le soufflet et l'objectif montés sur le rail motorisé. Au-dessus le boitier de contrôle du rail.
Materiel pour la macrophotographie, avec rail motorisé
Vue de dessus sur le boitier, le soufflet et le plateau supportant le sujet à photographier
Objectif de microscope Mitutoyo 7,5x utilisé pour macrophoto
L'objectif Mitutoyo MPlanApo 7,5x/0,21 monté sur la Raynox DCR-150 servant de groupe optique

Les bagues

Réaliser des prises de vues avec des objectifs de microscope, de scanner ou d’agrandisseur, c’est bien beau. Mais pour assembler tout ce petit monde il faut jouer avec des combinaisons de bagues : d’adaptation, de réduction, d’inversion ..
Ebay est alors le meilleur ami pour trouver la pièce manquante.

Pour illustrer mon propos, j’ai réalisé un dessin des pièces nécessaires pour le montage des objectifs de microscope, de type infini et fini, sur mon boitier. Pour l’objectif de scanner ou celui de repro, les éléments sont différents.

Exprimer le grossissement ou le champ couvert ?

Prenons l’exemple d’un rapport de reproduction de 1x (1:1), qui signifie que l’on photographie un objet à sa taille réelle. Si le sujet est une règle, 1cm de la règle mesurera 1cm sur le capteur.
Avec un boitier au format APS-C, la largeur du champ photographié (fov) est de 23,6mm.
Avec un boitier plein format, c’est à dire un capteur 24x36mm, la largeur du champ photographié (fov) est alors de 36mm.
[En reprenant l’exemple de la règle, au rapport 1x, sur un boitier APS-C nous verrons 2,36cm des graduations dans le viseur, alors qu’avec un boitier plein format nous verrons 3,6cm de cette même règle. et pourtant dans les 2 cas nous sommes à un grossissement de 1x]

Le champ couvert est appelé fov (field of view), qu’on peut traduire par le champ de vision.
Il peut être plus explicite d’exprimer le fov d’une photo que le grossissement.
Le grossissement est lié au montage optique utilisé, mais en fonction de la taille du capteur de l’appareil photo utilisé le fov sera différent.  

L'éclairage

Qui dit studio dit éclairage maitrisé.
Celui ci est assuré par des panneaux Yongnuo led yn300air avec adaptateur secteur. Ils assurent un éclairage continu de qualité, un bon indice de rendu des couleurs (IRC), un réglage précis de l’intensité lumineuse et de la balance des blancs. Les 3 panneaux sont montés sur des bras articulés et peuvent être orientés à l’envie.
L’éclairage est un des facteurs essentiels de la réussite d’une image. Une des clés de cette réussite est le dosage de la diffusion lumineuse. Pour cela tous les moyens sont bons, ou presque.. et c’est une quête perpétuelle pour trouver l’accessoire ultime pour créer la plus belle lumière. Je peux vous citer en vrac : polystyrène, plexiglas, pot de yaourt, calque, .. bref il faut être inventif afin de créer l’ambiance souhaitée pour le résultat souhaité.